Les bois et forêts privés d'Ile-de-France

La région Ile-de-France concentre 20 % de la population française sur 2 % du territoire métropolitain. Dans ce contexte fortement urbanisé, la forêt remplit une fonction sociale importante.

Pour beaucoup, elle est perçue comme un espace de nature, de détente, de promenade, de ressourcement … pour d'autres, elle est un réservoir de biodiversité ayant un effet bénéfique sur l'environnement, pour d'autres encore, elle est un territoire pour l'exercice de la chasse… pour l'ensemble des acteurs économiques de la filière forêt-bois, elle est le lieu de production d'un matériau écologique et renouvelable : le bois.

Ces quelques angles d'approche, que l'on pourrait multiplier, montrent que la forêt est une réalité complexe qui mérite d'être mieux connue et mieux respectée.

Il faudrait d'ailleurs dire LES forêts, tant elles diffèrent par leur statut de propriété (qui sait, par exemple, que 71 % de forêts appartiennent à des particuliers en Ile-de-France ?), leur dimension, leur composition en essences, leurs fonctions, …

Les propriétaires forestiers ont toujours inscrit leurs actions dans une perspective de gestion durable des espaces boisés. Aujourd'hui, leur implication dans le système de certification de la gestion durable des forêts (PEFC) prouve leur engagement dans ce sens. Celui-ci tient compte des trois grands rôles de la forêt :

  • Rôle économique de production de bois et de services,
  • Rôle écologique de préservation de la biodiversité, d'amélioration de la qualité de l'air et de la qualité des eaux,
  • Rôle social.

Ces quelques pages visent à apporter au lecteur une information synthétique, sans doute très incomplète, sur les forêts privées et leurs propriétaires, afin que chacun perçoive mieux les enjeux actuels et la responsabilité qui incombe à chacun pour l'avenir de nos forêts.


SOMMAIRE

1. La Forêt en Ile-de-France

2. Les arbres des forêts privées d'Ile-de-France

3. Les hommes qui font la forêt

4. La gestion des bois et forêts est régie par le plus ancien Code Forestier d'Europe

5. Une forêt gérée durablement

6. Des peuplements variés

7. Une forêt productive…

8. La chasse en forêt

9. De nombreux services rendus

10. Le bois, un matériau écologique d'avenir




1. La forêt en Ile-de-France

Les forêts s'étendent sur 278 000 hectares et marquent fortement de leur empreinte les paysages de notre région.
Elles occupent des terrains très divers : plateaux, pentes, vallées, crêtes calcaires, chaos rocheux, sols sableux, limoneux, argileux, …
Ces combinaisons du climat, du sol et du relief, que l'on appelle stations forestières, sont plus ou moins favorables à la croissance des arbres.

La répartition des forêts et leur composition en espèces sont le résultat combiné des conditions de milieu, de l'histoire et de la gestion pratiquée par des générations de forestiers.

La forêt régresse en Ile-de-France : FAUX !

Selon les résultats des derniers inventaires, la surface boisée a augmenté de 18.000 ha en 16 ans (de 1978 à 1994).
Ce constat est encore plus vrai pour la France entière où la forêt occupe 30.000 nouveaux hectares chaque année.




2. Les arbres des forêts privées d'Ile-de-France

Les forêts privées d'Ile-de-France renferment une quarantaine d'essences différentes. Cette diversité est un atout économique et écologique, elle contribue à l'attrait des paysages.

Une forêt privée essentiellement feuillue.

Les feuillus couvrent 93 % de la surface des forêts privées :
Les chênes sessiles et pédonculés sont prédominants (57 %). Le frêne commun occupe la seconde place (11 %), suivi du châtaignier (6%). Le pin sylvestre, qui est le résineux le plus représenté, n'occupe que 5 % des forêts privées.


Source : IFN - 1994

Les chênes

Les chênes sont principalement représentés par deux espèces qui se ressemblent, mais qui ont des exigences différentes :

  • Le chêne sessile résiste assez bien à la sécheresse et à la concurrence.
  • Le chêne pédonculé, essence colonisatrice exigeante en lumière, qui a besoin d'une bonne alimentation en eau.

Ces deux chênes peuvent vivre plusieurs siècles et sont généralement exploités vers 120 et 200 ans

En forêt, rien ne se fait sans le temps. Il faut au minimum 5 générations pour faire un chêne.

 

Le peuplier

Cette essence, souvent décriée à tort pour sa culture jugée peu écologique, est un élément traditionnel dans de nombreuses vallées.

C'est une essence de pleine lumière, supportant mal la concurrence. Il nécessite des sols riches et frais mais non marécageux. Sa croissance est rapide. Il est exploité vers 15 à 30 ans. Bien que ne couvrant que 3 % de la superficie forestière de la région, il produit 39 % du volume de bois d'œuvre récolté.

Le châtaignier

Arbre ayant une croissance juvénile rapide, qui ne l'empêche pas de vivre très vieux (500 à 1 500 ans), il rejette abondamment de souche. Il est généralement exploité vers 40 à 60 ans.

Il préfère les sols acides, sains, mais bien alimentés en eau.

Des châtaigniers greffés ont souvent été implantés pour leurs fruits.

Le frêne commun

Particulièrement présent en Seine-et-Marne, on le trouve sur les sols frais, les bords des cours d'eau, les versants ombragés et les haies. C'est une espèce qui prend son plein développement sur les sols riches.

Il doit pouser vite pour produire du bois de qualité. Il est exploité vers 60 à 80 ans.

Les résineux

Très peu représentés dans les forêts privées de la région (7 %), ils valorisent des sols pauvres sur lesquels les feuillus ne peuvent donner des bois de qualité.

Ils contribuent également à la diversité des paysages.

Le hêtre

Essence d'ombre appréciant une humidité atmosphérique élevée. Il tolère une large gamme de sols. Sa durée de vie est de 150 à 300 ans.

Il est en général exploité vers 80 à 120 ans.



De nombreuses essences d'arbres typiques de nos régions tempérées (merisiers, alisiers, cormiers, érables, bouleaux, tilleuls, …) avoisinent en sous-bois les arbustes (noisetiers, houx, bourdaine, néflier, …). La sylviculture respecte cette diversité d'espèces et préserve cet équilibre.




3. Les hommes qui font la forêt

Les forêts que nous contemplons et que nous aimons aujourd'hui ont été façonnées par des siècles de soins attentifs des forestiers.


La forêt appartient à tout le monde: FAUX !

Comme tous les autres espaces, les forêts ont un propriétaire : on distingue les forêts publiques des forêts privées.

Les premières appartiennent soit à l'Etat (forêts domaniales) soit aux collectivités publiques (région, départements, communes,…). Elles représentent moins du 1/3 de la superficie forestière régionale. Elles sont en général ouvertes au public.
Les secondes appartiennent à 123 000 particuliers, dont :

  • 107 000 possèdent moins de 1 ha de bois et couvrent ensemble 1/10ème de la forêt privée. L'extrême morcellement de cette part du territoire rend sa gestion difficile.
  • 16 000 sont propriétaires de plus de 1 hectare pour au total 9/10èmes de la forêt privée.

Ces derniers se répartissent de la façon suivante :



La qualité des forêts franciliennes et leur diversité en matière de paysages et de milieux naturels résultent du travail des propriétaires, qui gèrent leurs bois sur le long terme en tenant compte des caractéristiques de la nature.



En raison du morcellement de la forêt privée, les propriétaires forestiers ont mis en place des syndicats professionnels pour leur représentation auprès des pouvoirs publics et des coopératives forestières, notamment pour la vente des bois et la réalisation de travaux.




4. La gestion des bois et forêts est régie par le plus ancien Code Forestier d'Europe

Depuis l'Edit de Brunoy (1347) les forêts sont soumises à des lois et règlements spécifiques qui manifestent la volonté constante d'assurer l'avenir du patrimoine forestier. Bien avant la lettre, ces textes ont inscrit la récolte de bois dans le cadre d'une gestion durable.
Les Directions Départementales de l'Agriculture et de la Forêt contrôlent l'application de ces réglementations en forêt privée.
Le Centre Régional de la Propriété Forestière a pour mission d'instruire les documents de gestion forestière, en particulier les Plans Simples de Gestion obligatoires pour les forêts de surface supérieure à 25 ha d'un seul tenant, qui sont présentés par les propriétaires.
Il assure également, en collaboration avec les Chambres d'Agriculture et les autres organismes de la Forêt Privée, la sensibilisation et la formation de tous les propriétaires qui le souhaitent, à la gestion durable des forêts.
Le grand nombre de propriétaires, dont le seul point commun est de posséder des bois, entraîne une grande diversité dans les choix de gestion, contribuant ainsi à la variété des paysages, des peuplements et des productions forestières.
Actuellement, plus du tiers de la superficie des forêts privées est géré suivant un Plan Simple de Gestion agréé par le Centre Régional de la Propriété Forestière.
Pour la mise en œuvre de leurs choix de gestion, les propriétaires forestiers s'appuient sur les compétences de nombreux professionnels : coopératives forestières, experts forestiers, ouvriers sylviculteurs, gardes particuliers, entrepreneurs de travaux forestiers, exploitants forestiers, … soit un total de plus de 1 300 emplois (source INSEE).

Afin de garantir et d'améliorer encore la gestion durable des forêts, les propriétaires forestiers, l'Office National des Forêts et les collectivités territoriales propriétaires de bois se sont engagés, depuis novembre 2001, avec leurs partenaires de la filière bois, mais aussi avec les Associations Naturalistes (Ile-de-France Environnement, CORIF, …), les Randonneurs (CODERANDO), le Comité Régional d'Equitation, la Fédération régionale des Chasseurs, les Chambres d'Agriculture, les Parcs Naturels Régionaux, les Associations des Amis des Forêts, etc. dans un processus de certification de la gestion durable des forêts d'Ile-de-France PEFC (programme de reconnaissance des forêts certifiées).

Ce processus conduit à apposer sur les produits en bois ou à base de bois une marque qui certifie qu’ils sont issus de forêts gérées durablement. En achetant des produits en bois marqués PEFC, vous participez à la gestion durable des forêts.




5. Une forêt gérée durablement

Depuis plusieurs siècles, les forêts ont été façonnées par l'homme de telle façon qu'elles maintiennent leur capacité à répondre aux besoins essentiels de la société, qui ont été le bois de feu et le bois de construction.

  • Le bois de feu était produit par la coupe d'arbres de petite dimension, obtenu par la gestion en taillis.
  • Le bois d'œuvre, pour la construction et le mobilier, provenait de la coupe de grands arbres plus âgés : la futaie.

Ces modes de gestion et leur combinaison sont toujours appliqués aujourd'hui.
Couper des arbres, c'est détruire la forêt. FAUX !
En sélectionnant les arbres à récolter, les forestiers façonnent les forêts de demain.


Source : IFN 1994


Chaque mode de gestion présente des avantages et des inconvénients. Leur diversité permet de répondre aux différents besoins en bois de la société. Elle est également source d'une grande variété de paysages et de milieux.




6. Des peuplements variés

  • Le taillis simple :

La gestion en taillis simple consiste à couper à intervalles réguliers (20 à 30 ans) tous les arbres d'une parcelle. Ceux-ci vont rejeter de souche et croître sans autre intervention jusqu'à la prochaine coupe. Les bois produits sont de petite dimension et de faible valeur. Leurs débouchés sont le bois le feu et le bois d'industrie.

  • La futaie régulière :

Les arbres de ces peuplements ont tous approximativement le même âge et la même grosseur. Ils sont issus de semis ou de plantation. La gestion consiste à donner de la place progressivement aux arbres les plus beaux par des coupes d'éclaircie. La dernière coupe, qui récolte l'ensemble du peuplement au bout de 80 à 150 ans suivant les essences, est suivie d'une régénération par semis naturel ou plantation. Cette gestion produit du bois d'œuvre de qualité.

  • Le mélange futaie-taillis :

Comme son nom l'indique, on trouve dans ces peuplements des arbres de futaie d'âges et de dimensions variés et du taillis. Dans le taillis sous futaie, on récoltait tous les 20 à 30 ans la totalité du taillis et les arbres mûrs de la futaie. Ce mode de gestion procurait à la fois du bois de feu et du bois d'œuvre. Ces peuplements évoluent souvent, soit vers la futaie régulière, soit vers la futaie irrégulière. La gestion de cette dernière nécessite d'effectuer plusieurs opérations sur une même parcelle : récolte des arbres mûrs, éclaircie des arbres trop serrés, dégagement des jeunes bois, suivi de la régénération.




7. Une forêt productive …

Grâce à la photosynthèse, la forêt est une formidable usine propre de production d'un matériau écologique et renouvelable : le bois.


On coupe moins de bois que la forêt n'en produit. VRAI !

En Ile-de-France, les forêts produisent 1 650 000 m3 de bois par an. Les prélèvements constatés ne représentent que 43 % de cette production.
Les forêts d'Ile-de-France ont donc tendance à vieillir.

Récolter le bois, c'est participer à la vie de la forêt.


La productivité primaire nette des forêts d'Ile-de-France est de l'ordre de 15 tonnes de matière organique sèche par hectare et par an. Les troncs des arbres n'en représentent que 20 %.

L'essentiel du volume récolté provient :

  • Des peupliers (39 %), bien qu'ils n'occupent que 3 % du territoire forestier,
  • Des chênes (33 %), qui couvrent près de la moitié des forêts, mais dont la croissance est beaucoup plus lente,
  • Des résineux (10 %), qui valorisent des sols pauvres où les feuillus ne peuvent donner du bois de qualité.

… Source d'emploi :

Des arbres aux objets finis, des charpentes aux instruments de musique, de la pâte à papier aux nouveaux matériaux, de l'artisanat à l'industrie, le bois fait vivre près de 500 000 personnes en France (environ 12 000 personnes en Ile-de-France), qui participent au dynamisme de secteurs divers : construction, ameublement, emballage, jouet, papeterie et imprimerie, chauffage, …




8. La chasse en forêt

Dans nombre de forêts, la valeur locative de la chasse constitue un complément de revenu indispensable pour assurer l'équilibre financier d'une propriété boisée.
La pratique de la chasse est une activité traditionnelle en Ile-de-France. Son exercice est important et nécessaire pour maintenir un équilibre entre la faune et la flore.
Une trop forte augmentation des populations de grand gibier a des conséquences négatives importantes sur :

  • La santé des animaux,
  • La régénération des forêts et la qualité des bois,
  • Les cultures agricoles et les espaces verts,
  • La sécurité routière (collisions),
  • Le maintien d'autres espèces animales.

Actuellement, les populations sont estimées en Ile-de-France à :

  • 5 000 cerfs,
  • 40 000 chevreuils
  • et de très nombreux sangliers dont le nombre est difficile à préciser. On sait que 9 000 ont été prélevés par actes de chasse en 2000 (source Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage).



9. De nombreux services rendus :

En plus des fonctions de production de bois et d'autres produits non ligneux, la forêt contribue grandement à la qualité de notre environnement. Elle apporte de nombreux services à la société, moins visibles mais tout aussi essentiels.

  • La forêt est un véritable réservoir de biodiversité, dont le maintien est gage du bon fonctionnement de cet écosystème.
  • La forêt joue un rôle d'épurateur de l'eau : elle retient les matières en suspension et participe à la lutte contre les pollutions azotées et phosphatées
  • Elle diminue les ruissellements de surface et favorise l'infiltration des précipitations, diminuant ainsi les risques de crues.
  • La forêt améliore la qualité de l'air en retenant les poussières et autres particules en suspension (1 hectare de hêtraie fixe 80 tonnes de poussières par an). *
  • La forêt atténue les bruits.

Dans une hêtraie de 1 hectare, on a décompté * :

  • 170 arbres âgés de 120 ans, hauts de 24 m,
  • 15 000 brins de taillis âgés de 20 ans, hauts de 4 m,
  • 25 à 40 millions de feuilles qui, placées côte à côte, couvriraient 5 à 8 ha ,
  • 7 000 espèces animales, dont 77 % d'insectes,
  • 2 millions de vers de terre,
  • des milliards de bactéries.

* Source : FISCHESSER et DUPUIS-TATE CEMAGREF - 1996



Un élément essentiel du paysage :
Lorsque le paysage est envisagé dans sa globalité, la place de l'arbre et de la forêt s'apprécie en terme d'insertion dans un territoire : diversité des lisières, relations des masses forestières et des reliefs, effets de couleur et de texture. La forêt joue alors un rôle structurant et apporte un supplément de relief et de diversité.

Perçu de l'intérieur, le paysage forestier apporte diversité des ambiances et des images en fonction des ouvertures, des peuplements, des jeux de couleurs, de lumière et d'ombre au rythme des saisons …




10. Le bois, un matériau écologique d'avenir :

  • Pour pousser, les arbres absorbent du gaz carbonique et rejettent de l'oxygène dans l'atmosphère. La forêt est donc un important piège à gaz carbonique ; elle participe à la lutte contre l'effet de serre, pour autant qu'elle soit exploitée.
    Ce gaz carbonique, dont l'arbre a eu besoin pour pousser, est stocké dans le bois. Ainsi, une maison construite avec 20 m3 de bois stocke 20 tonnes de gaz carbonique.
    • 1 m 3 de bois contient autant de CO2 stocké qu'un million de m3 d'air.
    • Une forêt régulièrement exploitée et renouvelée, dont le bois récolté est valorisé dans ses multiples usages, est un bon moyen de lutte contre l'effet de serre.
    • Quand vous achetez un objet en bois, vous emportez avec vous un véritable stock de CO2, contribuant ainsi à l'amélioration de la qualité de l'air.
  • Le bois fait partie des rares matériaux entièrement naturels :
    Il est rapidement renouvelable grâce au cycle de croissance des arbres.
    Produit d'une gestion forestière intelligente, il est LE matériau inépuisable.
  • Le bois est économe en énergie pour sa mie en œuvre : à performances égales, il consomme 20 fois moins que le béton, 5 fois moins que l'acier et 20 fois moins que l'aluminium.
  • Le bois est un très bon isolant : 12 fois plus que le béton, 350 fois plus que l'acier, 1 500 fois plus que l'aluminium.
    Parce qu'il conjugue performances écologiques et techniques, le bois répond aux nouveaux besoins de nos sociétés.
  • Le bois source d'énergie. Comme source d'énergie, le bois ne nécessite aucun processus préalable de transformation. Ses performances sont comparables à celles du fuel ou du gaz.
    Utiliser le bois comme source d'énergie permet d'éviter de déstocker le carbone fossile contenu dans les gisements de charbon, de pétrole ou de gaz.
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